LA CRÉATION DE LA SÉQUANAISE

C‘est le 1er juillet 1901 que fut votée la loi voulue par le Président du Conseil Waldeck Rousseau et défendue à la chambre des députés par Georges Trouillot (député du Jura), loi extrêmement importante attendue depuis longtemps qui autorise les citoyens a s’assembler de façon permanente pour agir ensemble. Un siècle plus tard, la vitalité du mouvement
associatif n’est plus à démontrer : 800.000 associations en 2001. Créer une association était et demeure relativement simple : une déclaration en préfecture suffit, quitte pour l’association d’adopter un statut conforme à la loi.

Quelle fut la première association à se déclarer en préfecture de Lons-le-Saunier ? Eh bien ce fut la “Séquanaise”, société de gymnastique et de préparation militaire créée en 1888, assoupie de 1892 a 1901, relancée en 1901 par un petit groupe de jeunes polinois. C‘est en mai 1888, qu’un certain nombre de jeunes gens “sollicitent la bienveillance du Conseil Municipal pour aider à mettre en place une société de gymnastique ». Les membres de la commission initiative sont Gaston Dunand, Goy, Place, Ch. Bourgeois, Chapelle. Tous désirent mettre en place leur projet pour la fête nationale. La réponse du Conseil Municipal, présidé par Monsieur Clerc, la mairie de l’époque est enthousiaste. Le conseil est unanime « à donner satisfaction à la jeunesse qui comprend l’utilité des exercices propres à développer les facultés physiques de l’homme ». En conséquence, il nomme une commission où figurent M. Fromont et M. Malpeau “pour aider les exécutants dans l’organisation de leur société. »
Les statuts pour la création de la Séquanaise sont promptement rédigés dès juin 1888. Le Conseil Municipal animé des meilleures intentions soutient les jeunes gens près de la préfecture. Celle-ci autorise (autorisation obligat0ire jusqu’en 1901) la création de la Séquanaise en août 1888. C’est qu’en effet les buts de la nouvelle société de gymnastique et de préparation militaire correspondent à l‘état d’esprit de l’époque, entièrement tourné vers la « revanche » après la terrible défaite de 1870-1871 devant l’Allemagne. Il faut préparer les jeunes gens à la guerre pour la reconquête, souhaitée par beaucoup, de l’Alsace-Lorraine. Et l’article 1 de la Séquanaise ne dit-il pas: “il est fondé à Poligny une société de gymnastique, d’instruction militaire et d’escrime qui a pour objet de développer les forces du corps par l’emploi rationnel de la gymnastique, de préparer les jeunes gens au service militaire en les habituant à la discipline et en fortifiant l’esprit de patriotisme, d’égalité et de fraternité résultant du but commun et de l’absence de toute distinction sociale dans la pratique de gymnastique ». L’article 2 est lui aussi significatif qui dit “elle prend le nom de Séquanaise » et à pour devise : « un pour tous, tous pour la patrie » et pour insigne « une décoration aux couleurs de la ville ». Vaste programme que de former de jeunes patriotes déjà modelés, il est vrai, par la morale de l’école républicaine. Dans le même temps, les membres fondateurs précisent bien Article 3 que “la société s’interdit rigoureusement toute immixtion dans les affaires et les discussions politiques et religieuses ». Précision intéressante : pas “de discussion religieuse », à une époque qui préfigure le climat du début du 20e siècle où cléricaux et anticléricaux vont s’affronter avec une violence que nous sommes loin d’imaginer. Mais il s’agit de préparer les jeunes gens au service militaire. La chose est sérieuse puisqu’une partie de l’opinion publique désire une guerre de revanche. Aussi, par sécurité, faut-il écarter de la société tout étranger. L’article 8 stipule “la société n’accepte que des français jouissant d’une bonne moralité. Aucune personne de nationalité étrangère ne pourra en faire partie à un titre quelconque ». La société (en 1888 on ne parle pas encore d’association) démarre donc. Son président, fondateur est Gaston Dunand. Deux moniteurs encadrent les jeunes gens, de 14 ans et plus, encore peu nombreux, une vingtaine. On voit vivre la jeune Séquanaise à travers les délibérations du Conseil Municipal. “Les répétitions » se déroulent dans la halle aux grains (Jacobins). Sollicité, le Conseil Municipal, toujours bien disposé envers les jeunes gens, vote des subventions pour l’achat de matériel, d’uniformes, pour des manifestations sportives exceptionnelles.

Les élus posent cependant des conditions: la Séquanaise s’engage à “prêter son concours et à se mettre à la disposition de la municipalité à l’occasion des fêtes qui pourraient y être données ». (avril 1889). En 1889, le Conseil Municipal met à la disposition de la société une pompe à feu afin que les élèves en connaissent le maniement si plus tard ils désirent être pompiers. Il faut penser à tout ! En mai 1890, grand événement pour la jeune société, elle participe e la XVIe fête fédérale de l’Union des Sociétés de gymnastique de France grâce en partie aux subventions municipales. La municipalité donne encore un gage de sa bonne volonté en obtenant de l’inspecteur d’Académie, la participation du professeur de gymnastique du collège à la formation des jeunes adhérents. En 1891, toujours, une délégation de la Séquanaise qui a pris sa place dans la vie polinoise et jurassienne, assiste aux obsèques de Jules Grévy. Tout semble aller pour le mieux et pourtant la Séquanaise connait une éclipse de 1892 à 1901. Pourquoi ? Les archives peu nombreuses il est vrai, ne le disent pas. Cependant nous apprenons par les délibérations du Conseil Municipal du 04/04/1901 qu’une demande présentée par plusieurs jeunes gens est envoyée à la commission de l’instruction publique et dont le but est de reconstituer la société de gymnastique. Le maire M. Richard, demande à voir. ll faut que les “répétitions » soient satisfaisantes pour qu’elle obtienne des subventions municipales. Finalement la Séquanaise étant en conformité avec la loi du 1er juillet 1901, est, comme il est dit plus haut, la première association déclarée en préfecture du Jura en novembre 1901. Elle sera reconnue d’utilité publique en juillet 1904. Le président d’Honneur en est M. Dumont, député, plus tard sénateur, puis ministre de la marine. Le président “actif » est Monsieur Bourgeois, un des initiateurs de 1888. De quoi l’association vit-elle ? des cotisations de ses membres et, bien entendu des subventions municipales. La municipalité aide les jeunes en autorisant, par exemple, la Séquanaise a faire manœuvrer ses gymnastes et ses jeunes “pupilles » dans la cour de la halle aux grains, elle paie l’éclairage de la salle (1906). Enfin, l’aide de la municipalité est précieuse, lorsque la société participe à telle ou telle manifestation. En 1907, par exemple, la Séquanaise est chargée d’organiser le concours de l’association des sociétés de gymnastique du Jura. Grande responsabilité. La fête se déroulera le 21 juillet. Le même jour, le Conseil Municipal décide que sera inauguré le buste de la République (œuvre de Syamour, fille de Wladimir Gagneur). La Séquanaise élargit ses activités puisque le 9 avril 1911 à 8 h 30 du soir (heure militaire), elle organise un grand concert au théâtre municipal avec le concours de plusieurs jeunes filles et l’orchestre amical de la Séquanaise. Au programme, quelques romances, quelques décors et deux comédies “je le veux » et “un mariage à la force du poignet ». Timidement les jeunes filles font leur entrée à la Séquanaise. Bien sûr, gymnastes et pupilles ont leur place dans cette représentation, avec le “grand tournoi » des gladiateurs (12 gymnastes) et le “grand ballet des incroyables » exécuté par 8 pupilles. La guerre approche. En 1909, la Séquanaise est agréée par le ministère de la guerre, en ce qui concerne la préparation militaire, et le tir. Les munitions, minutieusement décomptées sont d’ailleurs fournies par le ministère. La société de tir compte une centaine de membres à la veille de la grande guerre. Malheureusement de nombreuses personnes étant mobilisées de 1914 à 1918, les activités vont se mettre en sommeil pendant cinq longues années. Elles reprendront dés 1919.

Quelques dates :
1888 : Naissance de la Séquanaise à l’initiative d’un groupe de jeunes gens aidés par la municipalité. La Séquanaise est alors une société de gymnastique et de préparation militaire.
1901 : Déclaration à la préfecture. Première association déclarée à Lons-le-Saunier (sous le numéro 001)
1927 : La Séquanaise s’ouvre aux jeunes filles.
1968 : La Séquanaise devient un foyer d’éducation populaire.
1986 : La Séquanaise modifie ses statuts. Elle est désormais ouverte à toute personne quelle que soit sa nationalité.