LA SÉQUANAISE DE 1919 A 1960.

Nous avons laissé la Séquanaise à la veille de la grande guerre. Créée en 1888, au lendemain de la cuisante défaite de 1870, l’association déclarée en préfecture des 1901 est, rappelons le une “société de gymnastique et de préparation militaire ». Peu a peu, cependant, nous l’avons vue évoluer, élargir ses activités, accueillir même quelques jeunes filles dans le cadre de ses galas annuels. En sommeil pendant le premier conflit mondial, elle va renaitre la paix revenue. influencée par les événements, la Séquanaise va suivre assez fidèlement l’évolution de la société, elle s’ouvre, s’adapte aux besoins sportifs, artistiques, culturels de ses adhérents. Elle est, en ce début de XXe siècle, l’association la plus importante de Poligny par le nombre de ses adhérents, par la variété des activités qu’elle propose aux jeunes et aux moins jeunes. En 1919, donc, comme le souligne la municipalité en Conseil de mars “les sociétés de musique, de gymnastique, de tir” seront réorganisés des l’achèvement de la démobilisation (1919-1920). Monsieur Friant alors maire de Poligny et ce jusqu’en 1933 aide, de tout son poids, la Séquanaise dont le président est alors Monsieur Bourgeois jusqu’en 1926. C’est pourquoi le Conseil Municipal décide de doter la société d’un local qui leur permettra d’organiser le mieux possible, les “répétitions », selon le terme de l’époque, de ses gymnases. Le 14 décembre 1921, par devant Maitre Quenot est signé un acte qui nous dit que “Monsieur Hyacinthe Friant, directeur de l’ENIL, chevalier de la Légion d’Honneur agissant en sa qualité de maire après délibération du Conseil Municipal en date du 5 septembre 1921, assisté de Monsieur Henri Vannet, receveur municipal de la dite ville… a cédé et délaissé à titre de bail à loyer à la société de gymnastique dite la Séquanaise dont le siège est à Poligny et qui est reconnue d’utilité publique, une maison située à Poligny, rue du 4 septembre n° 6 et 8 qui comprend construction, cour, aisances et dépendances et qui appartient à la ville. Le présent bail est consenti pour une durée de 18 ans “entières et consécutives”. La société est-il précise, assurera  les réparations intérieures et la Municipalité les grosses réparations. ll est précisé aussi que la ville de Poligny se réserve le droit de disposer de l’immeuble loué pour des conférences, réunions, bals et concerts sauf cependant quatre jours par semaine qui sont réservés à la société de gymnastique. Le loyer, symbolique, est de un franc par an. Le bail sera renouvelé jusqu’à nos jours. La Séquanaise “redémarre » donc.
Jusqu’en juin 1939, se succéderont à sa tête trois présidents : Monsieur Charles Bourgeois jusqu’en 1926, Monsieur Jules Crolet, de 1926 à 1938, Monsieur Marcel Chapuis de 1938 à 1954 (il sera reconduit après le 2e conflit). Notons que si Monsieur Bourgeois renonce à la présidence de la Séquanaise (de 1901 à 1926) c’est dit-il, “qu’elle ne fonctionne plus comme autrefois”. Il se plaint de “la mentalité des jeunes gens ». Jeunesse, jeunesse ! Auparavant Monsieur Bourgeois avait reçu au cours d’un banquet (républicain) les palmes académiques.

Voici le récit de ce banquet au restaurant Pasteur (1er mars 1925) : « Banquet de la Séquanaise – Dimanche dernier, 1er mars, la société de gymnastique, la Séquanaise fête son 40e anniversaire en un banquet servi au restaurant Pasteur, sous la présidence de M. Durand, Sous-Préfet et de M. Friant, Maire de Poligny. A la table d ‘honneur prennent place aux cotes de M. le Sous-Préfet et de M. le Maire, M. Bourgeois, président de la Séquanaise, M. Roberet, vice-président du Conseil de la Préfecture du Jura, Madame Charles Bourgeois, plusieurs membres honoraires du comité. Pendant tout le repas, règne la plus franche cordialité ; tous les convives font honneur au repas fort bien servi et admirablement cuisiné. M. Martinet, au nom du comité de la Séquanaise et des gymnastes, adresse quelques mots de compliments bien inspirés à M. Bourgeois que le gouvernement vient de récompenser de ses 25 années d’efforts et de persévérance à la présidence de la société en lui décernant les Palmes Académiques, que M. le Sous-Préfet lui remit. Un triple ban unanime salue cette remise de distinction. M. Friant, Maire, exprime ses chaleureuses et cordiales félicitations à M. Charles Bourgeois pour la distinction qu’il vient de recevoir en récompense de ses 25 années de présidence de la Séquanaise toujours prospère. Il y associe ses fils Gabriel et René qui ont su réorganiser la Société après la guerre et lui donner une vive impulsion. Après avoir remercié Mesdames Bourgeois, Dunant, Gay et Mongin d’assister à cette manifestation M. Friant les pria d’accepter d’être marraines des Pupillettes. Enfin, de nouvelles améliorations sont en préparation qui donneront tout le confort désirable à la salle de gymnastique. Des vœux de succès sont adressés aux gymnastes qui se rendront à Strasbourg où le Maire se fera un plaisir de les accompagner. M. le Sous-Préfet remercie M. Bourgeois d’avoir bien voulu l’inviter a présider le banquet de la Séquanaise aux cotes du dévoué et sympathique Maire de Poligny. ll félicite les dames de leur présence qui réhausse l’éclat de cette fête.ll félicite également le Président et tous ses collaborateurs des résultats obtenus par leur société et ajoute que c’est grâce aux nombreux groupements sportifs comme la Séquanaise, que le Parlement pourra envisager à son heure, la réduction du service militaire. Il assure la Séquanaise de la sollicitude agissante du Gouvernement de la République et il est heureux de constater que de son cote, la Municipalité fait dans ce domaine, comme dans tant d’autres, tout son devoir. M. le Sous-Préfet, délaissant les questions locales parle des grands intérêts du pays. Il s’arrête surtout aux deux grands problèmes qui dominent tout à l’heure actuelle : la sécurité et la paix d’une part, la situation financière et économique de l’autre.

Il montre les résultats déjà obtenus par le Gouvernement et demande aux assistants de lui faire confiance. ll termine en portant un toast au Président de la République. M. Charles Bourgeois après avoir remercié M. le Sous-Préfet et M. le Maire de Poligny d ‘avoir accepte la présidence de ce banquet, fait l’historique de la vie de la société et reporte sur tous ses collaborateurs de la Séquanaise, l’honneur de la distinction dont il vient d’être l’objet. Il donne de judicieux conseils aux gymnastes et félicite leur dévoué moniteur-directeur M. Rolland, pour les heureux résultats qu’il obtient. Tous ces discours sont chaleureusement et vivement applaudis. Les chansons et monologues clôturent dignement le banquet . Une quête fait au profit de la Caisse des Écoles pendant le repas, produit la somme de 52 F10.  » Soutenue par la municipalité, épaulée par l’école publique, la société qui dépend encore du ministre des armées reprend ses activités traditionnelles. Le tir par exemple.

Une concession a été accordée, par le domaine en foret de Vaivre qui permet d’organiser entrainements et concours, elle sera, elle aussi, reconduite jusqu’à nos jours. René Cuinet, membre de la Séquanaise. etudiant en histoire, a travaillé en 1988 sur les quelques archives de l’association datant de l’entre deux guerres. (archives en grande partie dispersées ou disparues lors de l’incendie de 1976 du Moto-Club). Son étude porte surtout sur le tir par exemple à partir des cahiers fournis par le 7e corps d’armée de Lons-le-Saunier, cahiers qui tenaient un compte précis des effectifs et des munitions fournies par l’armée. Le tir et par conséquent, en principe, la préparation militaire attire en 1919, 206 adhérents, ce nombre tombe à 85 en 1925, à 48 en 1926 pour remonter à 119 en 1932 et retomber à 56 en 1937. Comment expliquer ces fluctuations ? René Cuinet émet quelques remarques qui semblent pertinentes. Le contexte international jouerait un rôle qui tantôt pousse au pacifisme tantôt au contraire si la situation internationale est tendue, pousse au réarmement au moins moral. Par exemple, les effectifs sont relativement nombreux en 1919 : la France est « victorieuse” et fière de l’être : les jeunes gens sont encore moti- ves, l’armee est a la mode. En 1920, Emile Hugon obtient son certificat de préparation militaire “Honneur et Patrie » tandis qu’Andre Sellier est diplomé d’honneur dans le cadre de la préparation militaire et obtient un prix de tir. Ils diminuent sensiblement jusqu’en 1926 : au lendemain d’un conflit terriblement meurtrier, on aspire à la paix. Les traités ont été signes, on croit à la société des Nations, nos jeunes gens sont moins “vat-en-guerre ». La situation internationale s’assombrit au début des années 1930 : crise économique, montée du totalitarisme. Réflexe de défense ? Les effectifs remontent à 119 en 1932 pour ne compter que 56 adhérents en 1937 juste à la veille de la guerre. Il faut dire que le tir s’il entre, pour certains, dans le cadre de la préparation militaire, n’est pour beaucoup qu’une activité sportive parmi d’autres, une activité de loisir. Voici un palmarès d’un concours de tir organise en 1931 par la ville avec la participation de la Séquanaise. Nous y retrouvons quelques noms connus et même celui d’une dame : Madame Bonnotte. Les gymnastes de la Séquanaise participent activement aux différentes manifestations franc-comtoises. En 1924, par exemple, l’union des sociétés de gymnastique du Jura organise un concours. La Séquanaise demande et obtient l’acceptation de la ville comme siège de la compétition. La municipalité vote une subvention de 2000 francs mais recommande cependant à l’association de solliciter les commerçants, de former un comité d’0rganisation, d’ailleurs, la municipalité sera représentée par Messieurs Barbe, Fromont, Gay, conseillers municipaux. La fête aura lieu à Poligny. Le même jour sera inauguré l’éclairage public de la ville (12/07/1924). Lors de ce concours, Gaston ‘Fromont obtient un prix de gymnastique. La même année, c’est Besançon qui est le siège du 3e concours de la fete des sociétés de gymnastiques de Franche Comté. A cette occasion, Madeleine Sinthiot gagne le 4° prix au concours individuel de gymnastique artistique.C’est qu’en effet en 1924 est créée dans le cadre de la Séquanaise une section pupillettes qui compte au départ 33 membres. Ces jeunes filles sous la direction d’un moniteur font de la gymnastique et participent actuellement au gala annuel donné par la société. Le gala gymnique et artistique voit évoluer les gymnastes souvent d’un très bon niveau mais, annonçant l’activité théâtrale des années 1950 et 1960, on y joue aussi quelques saynètes comme “les deux timides » ou bien encore la “Marraine du Poilu » d’un certain Georges Chepper qui semble avoir été apprécié des organisateurs de ces galas. Les ballets comme le “ballet des heures fleuries » de Monsieur Fred permettent aux pupilles et pupillettes d’exercer leur talent. La musique n’est pas en reste puisque la Séquanaise possède sa propre “harmonie” qui participe a toutes les manifestations polinoises voire jurassiennes ou franc-comtoises. Nous savons aussi que dans les années 1920 nait une nouvelle activité de la Séquanaise : le basket qui connait un réel succès. ll évolue au Champ d’Orain et prendra, non sans aléas, tout son essor après la deuxième guerre mondiale. En effet, éclate en 1939, un conflit meurtrier qui, chacun le sait, ne s’achèvera qu’en 1945.
Jacqueline GAILLARD.